Saint-Nazaire. Vente des Chantiers de l'Atlantique : les élus locaux toujours opposés

Le sénateur Yannick Vaugrenard et le maire de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) David Samzun persistent dans leur opposition à la vente des Chantiers de l'Atlantique à Fincantieri.

 

Les Chantiers de l’Atlantique ont été nationalisés en juillet 2017 (©Archives l’Écho de la Presqu’île)

Par Coralie Durand Publié le 22 Nov 20 à 11:32 

Mis en vente par le groupe STX fin décembre 2016, les Chantiers de l’Atlantique continuent leur période de transition. Quatre ans durant lesquelles on a vu l’entreprise presque rachetée par son concurrent italien Fincantieri puis nationalisée en juillet 2017.

Depuis, le chantier naval de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) est toujours aux mains de l’État, attendant l’avis de la commission européenne sur l’accord de vente, finalement conclu en 2017. Accord prolongé pour la quatrième fois jusqu’à la fin de l’année. Ce qui ne plaît pas aux élus locaux.

 

Le bateau de croisière sino-italien

 

Le sénateur Yannick Vaugrenard s’est depuis longtemps engagé contre le rachat des Chantiers de l’Atlantique par Fincantieri. En mars 2019, l’élu avait écrit au Premier ministre de l’époque, Édouard Philippe, pour exprimer ses craintes devant un rapprochement industriel entre l’Italie et la Chine.

Depuis, la commission des affaires économiques du Sénat s’est prononcée contre ce rachat, demandant au gouvernement d’ébaucher un plan B. Et du côté italien, le chantier Fincantieri a scellé son alliance avec la Chine avec la construction d’un premier paquebot de croisière, lancée le 10 novembre dernier.

Ne faudrait-il pas entamer les démarches nécessaires pour bâtir « un plan B », notamment en organisant un tour de table des industriels français de premier ordre et des sous-traitants du secteur régional ?

Yannick Vaugrenard sénateur de Loire-Atlantique

Yannick Vaugrenard a écrit une nouvelle fois au Premier ministre Jean Castex, ne comprenant pas que le gouvernement prolonge encore l’accord de vente avec le chantier transalpin : « Ne faudrait-il pas entamer les démarches nécessaires pour bâtir « un plan B », notamment en organisant un tour de table des industriels français de premier ordre et des sous-traitants du secteur régional ? Je compte sur vous, M. le Premier ministre, pour prendre en considération cette suggestion et toutes les mesures nécessaires, afin de protéger nos innovations et notre savoir-faire dans ce secteur de la construction navale. »

Pour l’instant, l’État est toujours propriétaire des Chantiers de l’Atlantique

 

La « naïveté » de l’Union européenne

Le maire de Saint-Nazaire, David Samzun, a lui aussi tenu à rappeler publiquement son opposition au rachat des Chantiers de l’Atlantique par Fincantieri. Position qu’il maintient depuis le début du dossier fin 2016.

 

La crise sanitaire actuelle n’a fait que le conforter dans sa position, l’élu appelant depuis à la relocalisation de l’économie. « Or le projet de vente à Fincantieri apparaît de jour en jour pour ce qu’il est : un projet de délocalisation au profit d’un conglomérat intégrant la Chine […] Comment l’État français, comment la Commission Européenne, pourraient accepter de faire un tel cadeau à la Chine, dans un domaine où notre savoir-faire est reconnu ? Alors que l’Union européenne sort de sa naïveté, pour enfin appeler un chat un chat et qualifie désormais la Chine de « rival systémique » et de « concurrent stratégique », on ne peut imaginer un tel transfert ».

Comment l'État français, comment la Commission Européenne, pourraient accepter de faire un tel cadeau à la Chine, dans un domaine où notre savoir-faire est reconnu ?

David Samzun maire de Saint-Nazaire

Le maire appelle aussi le gouvernement à travailler sur un plan B. On attend toujours une réponse de l’État sur la question.

 

« L’horloge reste arrêtée »

 

Car l’opération reste toujours soumise à un feu vert – ou un veto – de la Commission européenne au regard des règles de la concurrence. Et à Bruxelles, l’examen du dossier est toujours suspendu, dans l’attente de la transmission de pièces par la partie italienne. Le 13 mars 2020, la Commission a arrêté le chronomètre dans son enquête approfondie, indiquait jeudi 3 décembre la commission européenne. L’horloge reste arrêtée. Autrement dit, les documents n’auraient pas été transmis.

À Saint-Nazaire, plus personne ne croit vraiment à ce rachat. Très clairement, on pense que ça ne se fera pas, dit Nathalie Durand-Prinborgne pour Force ouvrière. Le temps n’a pas vraiment joué en faveur du repreneur italien. Le Covid-19 et la crise économique ont sérieusement rebattu les cartes en plongeant le monde de la croisière dans l’expectative. Et l’arrivée à Saint-Nazaire de Fincantieri est vue d’un très mauvais œil en raison de ses liens tissés avec le groupe chinois CSSC. La Commission des affaires économiques du Sénat a récemment exprimé de très vives réserves sur l’opération.

Un plan B ?

Pour Christophe Morel de la CFDT, il est temps de préparer un plan B, sans urgence. Un plan B réclamé par les élus locaux, le sénateur socialiste Yannick Vaugrenard en tête. Ce dernier l’a récemment signifié par courrier au Premier ministre Jean Castex.

Dans sa réponse en date du 25 novembre, le locataire de Matignon estimait que tous les éléments sont réunis pour permettre une décision de la commission d’ici la fin de l’année. Et que dans le cas inverse, il veillerait à ce que l’État français réévalue la situation. Reste à savoir comment.